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La course du hibou, pour la biodiversité et la protection de l’environnement

La 3ème édition de la course du hibou a eu lieu à Santiago de los Caballeros, deuxième ville la plus peuplée de République Dominicaine. Cet événement sportif a été fondé en 2014 par Cyril Anis, directeur de l’Alliance française de Santiago, en célébration de la fête nationale française mais aussi dans l’optique d’éveiller la conscience et l’opinion publique à la question cruciale de la préservation de l’environnement et de la biodiversité.

La course de 10 kilomètres a lieu chaque année sur le campus universitaire de la Pontifica Universidad Catolica Madre y Maestra (PUCMM), véritable poumon vert de la zone urbaine de Santiago. Y vivent encore un certain nombre de représentants de l’espèce du cucu, un petit hibou en voie d’extinction. Cet animal, emblème de la course représenté sur les médailles remises aux athlètes à l’issue de l’événement, incarne véritablement de par sa nature menacée l’esprit de la course et sa visée écologiste.

En 2014, l’édition inaugurale de la course du hibou avait déjà connu un succès certain, visible à travers la participation d’environ 500 athlètes et d’autant de marcheurs et de spectateurs. La réussite de cette initiative s’est confirmée en 2015 et permet d’envisager un projet durable de diplomatie sportive et environnementale englobant toute la région des Caraïbes, ce qui passera par l’inclusion de plus en plus large d’athlètes venus des Antilles françaises. L’objectif de l’événement, outre la sensibilisation du public à certains enjeux environnementaux de taille, est donc à terme d’encourager les échanges et de renforcer les liens sportifs, universitaires et culturels entre la République Dominicaine et les différents départements français des Caraïbes.

Trois questions à Cyril Anis, directeur de l’Alliance française de Santiago et fondateur de la course

D’où vous est venue l’idée d’organiser un tel événement ?

Je suis moi-même un grand sportif, j’ai donc une appétence particulière pour les événements qui exploitent la dimension fédératrice du sport pour rassembler et mobiliser les gens. Par ailleurs, un tel projet s’inscrit parfaitement dans la lignée du plan d’action du ministère des Affaires étrangères, qui promeut activement depuis quelques années le sport comme axe de la diplomatie française. Enfin, dans une perspective nationale, il est vrai qu’il existe en République Dominicaine une fièvre particulière pour tout ce qui est course à pied, semi-marathon et marathon ; l’idée d’organiser une course à Santiago était donc un projet qui avait beaucoup de potentiel. Et en effet, nous avons eu quelques 500 coureurs la première année, 600 la deuxième, et cette année 800 coureurs sont inscrits ainsi que 200 marcheurs. L’Alliance française de Santiago a réussi à faire de la course du hibou un incontournable, qui mobilise à la fois plusieurs centaines de sportifs (nous attendons cette année des bus entiers venus de tout le pays), de spectateurs, de sponsors français et dominicains, et de bénévoles, dont de nombreux étudiants de la PUCMM. C’est le plus grand événement organisé chaque année par l’Alliance française, et nous avons réussi à mettre en place toute une équipe dédiée à ce projet, ce qui est essentiel afin de pérenniser cet événement après mon départ de République Dominicaine prévu en août 2016.

Quel est le sens de cette démarche à long terme ? Quels sont vos objectifs ?

Les missions principales des Alliances françaises se composent de la mise en place d’un enseignement de la langue française à l’étranger de qualité, de la promotion de la culture française, mais aussi de l’appréciation et de la mise en avant de la diversité culturelle présente dans une région, à travers la reconnaissance de la culture de l’autre et le dialogue interculturel. L’organisation d’événements sportifs à l’échelle régionale me parait s’inscrire particulièrement bien à l’intersection de ces missions, et la Course du Hibou illustre bien cela.

Le but premier de la course du hibou est d’établir une plateforme d’échanges sportifs au niveau national, mais aussi avec la Martinique et la Guadeloupe. Cette année seront présents des coureurs venus de ces deux départements français. En outre, les gagnants de la course du hibou sont par la suite invités à participer à des courses d’ampleur internationale en Martinique et Guadeloupe.

Ce type d’événements sportifs permet donc de développer les liens de la République Dominicaine avec la région, grâce à l’athlétisme mais aussi dans d’autres domaines sportifs : par exemple, nous avons pu permettre l’envoi d’une délégation dominicaine au Trophée de la Caraïbe, une course cycliste à étapes qui a lieu chaque année en Martinique. L’équipe dominicaine a ainsi eu l’occasion de se mesurer à d’autres cyclistes de haut niveau, et elle a réalisé une très belle performance. Ainsi, un projet comme la course du hibou peut vraiment déboucher sur de nombreux projets de coopération inter-régionaux.
Il serait d’ailleurs intéressant par la suite que dans le cadre de tels échanges sportifs, l’Alliance Française de Santiago mette en place des bourses d’apprentissage de français destinées à de jeunes dominicains afin de faciliter leur communication et stimuler leur implication dans ces événements.

Le sport vous parait-il être un vecteur intéressant pour véhiculer des enjeux sociaux, environnementaux, culturels, diplomatiques ? Pourquoi ?

Le sport est avant tout un facteur de promotion de santé publique : il s’agit de mettre en avant le bien-être des personnes puisque faire du sport est lié au fait d’avoir une alimentation équilibrée ou encore d’éviter certaines maladies.
Le sport peut également servir à sensibiliser à des enjeux environnementaux, en particulier dans le contexte de la COP21 qui a permis d’attirer l’attention du monde entier sur l’urgence des questions environnementales. Par exemple, dans le cadre de la Carrera del Búho, nous mettons en place des instructions strictes concernant la gestion des déchets : il n’est pas permis de jeter par terre les papiers et bouteilles vides, des volontaires munis de sacs poubelle sont placés tout au long du parcours, et une campagne visuelle de sensibilisation est mise en place. Le campus de la PUCMM est un beau lieu, très vert, qui se prête donc parfaitement à une telle mission. L’enjeu de la course est également de sensibiliser à la protection des espèces animales menacées : le symbole de notre course est le cucu, o lechuza excavadora, un petit hibou excavateur, qui a pour spécificité de vivre en couple, dans des grottes creusées sous terre. Cette espèce est rare, mais on en trouve encore sur le campus de la PUCMM, ce qui en fait un symbole de poids pour notre mobilisation.

Enfin, le sport facilite évidemment les échanges diplomatiques et culturels, dans la mesure où la pratique sportive peut entrainer des échanges entre pays, ce que j’appelle des "Erasmus sportifs". Le sport donne la possibilité et les moyens concrets aux personnes, et en particulier aux jeunes, d’échanger, de voyager, de s’évaluer en se mesurant à des athlètes étrangers de haut niveau. Le voyage permis par les échanges sportifs enrichissant à la fois individuellement et collectivement, puisqu’on expérience aussi par ce biais le fait de recevoir des délégations étrangères chez soi, de créer des liens forts, et d’être soi-même l’ambassadeur de son pays, de sa culture, sur le territoire étranger. Les jeunes et les étudiants sont au cœur de ma vision du sport, que je conçois comme un vecteur d’ouverture sur le monde.

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