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À Gao, au Mali, comment relancer une politique éducative ?

Les violences entre 2011 et 2013 dans la région de Gao, au Mali, ont eu pour conséquence l’effondrement du système éducatif… Comment relancer une politique éducative, essentielle à l’amélioration des conditions de vie et à la lutte contre l’exclusion sociale, lorsque les écoles sont en partie détruites et les professeurs partis et que les services de l’État, eux-mêmes, sont démunis ? Comment faire travailler ensemble collectivités, ONG et services de l’État ? C’est ce que nous expliquent dans cet entretien croisé, Émilie Garet, chef de projet PAQAMA pour l’AFD et Amadou Déguéni, ex-directeur de l’Académie d’Enseignement de Gao.

En quoi le projet PAQAMA d’amélioration de l’éducation est-il d’une importance vitale pour la région de Gao ?

Émilie Garet  : La crise a notamment eu pour conséquence un effondrement du système éducatif : l’administration et les écoles ont été pillées, parfois incendiées, les enseignants et les élèves, en premier lieu les filles, ont fui les écoles, et souvent la région, les traumatismes liées à l’occupation djihadiste et à la violence vue et vécue sont forts. Beaucoup d’enfants n’ont pas accès à une scolarisation normale depuis quatre ans.

Or, nous le savons, la scolarité a des effets positifs sur la réduction de la pauvreté (on constate qu’un an de scolarité de qualité augmente les revenus de 10% en moyenne), la croissance et la citoyenneté. Et également sur la santé des mères et des enfants : l’achèvement du primaire chez les femmes, par exemple, fait diminuer de 15% la mortalité infantile dans les pays à faible revenu et l’achèvement du secondaire de 49%.

Par ailleurs, abandonner le secteur de l’éducation serait une bombe en termes d’exclusion sociale et de stabilité politique. Chômage et exclusion sont les premiers facteurs qui poussent les jeunes vers l’extrémisme.

Amadou Déguéni : L’occupation djihadiste a eu des conséquences dramatiques (comme pour les autres secteurs) qui se traduisent par le pillage et la destruction des écoles et des services de l’État, le départ massif des enseignants et des élèves a entrainé l’arrêt ou la perturbation des activités d’apprentissage dans les zones occupées. Aujourd’hui encore, en dépit de la libération de la région*, plus de 150 écoles (soit environ 25%) sont fermées.

* : A l’instar des autres régions du Nord Mali, celle de Gao a fortement souffert de la crise qu’a traversée le pays à partir de 2011. Le Mali, de mars 2012 à septembre 2013 a connu la crise politico sécuritaire la plus grave de son histoire. La libération de la zone a permis l’amélioration des conditions de vie, dans un contexte qui reste cependant très dégradé en termes d’accès aux services de base, de sécurité, ou encore d’emploi. La libération de la zone s’est faite avec l’appui des forces militaires françaises en 2013. La signature de l’Accord de Paix inter-Maliens a eu lieu en 2015.

Quels sont les objectifs du projet PAQAMA (Projet d’amélioration de la qualité et de l’accès à l’éducation au Mali) ?

AD : Face à toutes ces difficultés, le défi majeur pour nous aujourd’hui reste la réouverture des écoles fermées afin de permettre à ces milliers d’enfants qui ne vont plus à l’école de jouir de leur droit à l’éducation. Avant la crise, la région de Gao avait le 2ème meilleur taux de scolarisation au premier cycle de l’enseignement fondamental [équivalent du primaire] du Mali avec 98,5%, après Bamako. Il est aujourd’hui tombé à 50%.

L’objectif prioritaire est d’aider les enfants et les enseignants à reprendre le chemin de l’école. Ce retour sera certes garanti par la création d’un environnement sécurisé. Cependant, plutôt que d’attendre l’instauration de la paix par les armes, on peut faire de l’école le moteur de cette paix.

EG : La force de PAQAMA est de favoriser la cohésion sociale à travers et autour de l’école. Notamment en promouvant l’implication des populations et des acteurs locaux dans la gestion scolaire. Le projet contribuera à améliorer la gouvernance du secteur, notamment au niveau local, identifié comme un facteur crucial d’efficacité et de résilience du système éducatif.

Est-il possible de mener un projet de développement dans une zone où la sécurité est encore très précaire ?

EG : En effet, la situation est encore fragile et mouvante dans la zone (classée zone rouge par le ministère français des Affaires étrangères). Les déplacements de l’AFD dans la région de Gao sont extrêmement contraints.

Cette situation a nécessité de mettre en place des modalités d’exécution du projet innovantes et adaptées au contexte, avec un pilotage de Bamako et une mise en œuvre par un consortium d’ONG très bien implantées sur place.

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Photo : United Nations

Justement, quelle est l’originalité de PAQAMA ?

EG : C’est un projet qui est mené de façon participative et rapide. Il a fallu réfléchir ensemble à des modalités de mise en œuvre guidées par l’urgence d’agir : le recrutement du consortium d’ONG a pris moins de 6 mois alors que ce type de processus peut prendre 18 mois. Dans le même temps, il était fondamental de renforcer les acteurs de l’éducation : des services locaux et centraux de l’éducation, aux collectivités territoriales, en passant par les directeurs d’écoles, les enseignants, les comités de gestion scolaire et les associations de mère d’élèves. Le projet a opté pour une approche multi-acteurs, un processus participatif de la construction du projet, la mobilisation des ONG et un mécanisme de suivi à distance pour les zones d’insécurité.

AD : C’est un projet entièrement planifié par les acteurs centraux et déconcentrés de l’Éducation nationale qui en est le maître d’ouvrage et assurera son pilotage, appuyé par le partenaire AFD. Toutes les activités planifiées et qui portent sur l’amélioration de l’accès, la qualité et la gouvernance sont très pertinentes et sont en cohérence avec notre plan régional. La zone d’intervention du projet porte principalement sur la région de Gao, fortement impactée par la crise sécuritaire, ce qui nous réconforte énormément.

Le contenu et le mode opératoire du projet se veulent simples, de manière à favoriser une exécution rapide et efficace au bénéfice du secteur. En définitive, le PAQAMA est le fruit d’une coopération dynamique qui responsabilise les bénéficiaires contrairement à bien d’autres projets.

EG : Au-delà de ses objectifs concrets, ce projet nous apporte des réponses à deux questions essentielles pour nous en situation de post-crise : comment assurer le continuum urgence – développement, dans le domaine de l’éducation mais pas seulement ; et comment accompagner efficacement la relance de l’action de l’État dans une région ravagée et vulnérable ? C’est à travers ce type de procédé participatif, flexible et rapide que nous pourrons apporter des solutions adaptées au terrain.

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