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Islam en France ou Islam de France : une conférence donnée par Olivier Roy

L’Alliance française de Dubaï a eu le plaisir de recevoir Olivier Roy, politologue, directeur de recherches au CNRS, directeur d’études à l’EHESS, et depuis 2009, professeur à l’Institut universitaire européen de Florence où il dirige le programme méditerranéen. Cet éminent spécialiste du Moyen-Orient s’est à cette occasion exprimé devant une salle comble composée de francophones d’origines très diverses, sur un sujet brûlant d’actualité : "Islam en France ou Islam de France". Cette conférence a été enregistrée.

Revenant tout d’abord sur les origines de l’enracinement de l’Islam en France par l’immigration laborieuse du début des années 1960 tout d’abord, puis accentuée par le rapprochement familial, Olivier Roy démontre que l’échec du modèle français d’"intégration visant à l’assimilation a conduit à l’émergence d’une question sociale et religieuse relative à l’Islam en France, dès le début des années 1980. La première tension relative à cette question est liée aux revendications de la deuxième génération d’immigrés, nés en France et parlant le français". Faisant allusion à la célèbre affaire du voile de 1989 : "cette dernière étant le véritable point de départ du questionnement sur la pratique d’un Islam propre à la France – celui-ci n’ayant jamais été véritablement défini".

Cette question, au sens de Roy, perdure aujourd’hui encore à la mesure des inquiétudes face à la radicalisation de certaines catégories de croyants.

"Héritier des mouvements d’extrême-gauche – non dans leurs idéaux mais dans le type de membres qu’elle rassemble – le djihadisme est aujourd’hui l’illustration d’un problème social, reflet d’une jeunesse en mal de repères". Et Olivier Roy d’ajouter "le problème n’est pas l’Islam en tant que tel, il s’agit d’un problème transversal et récent : l’expansion d’une culture de la violence, expression d’un nihilisme suicidaire, à qui les témoins donnent un écho disproportionné, déversant leur flot d’informations et de détails sanguinaires à la surface de la planète sans se concentrer sur les "déçus" qui en reviennent". Poursuivant sur un ton non dénué d’humour, O. Roy argumente "ces jeunes prennent leurs modèles sur leurs écrans. Ils sont avant tout "antis", désabusés, fascinés par l’aventure, la violence, avant même d’être musulmans. Ils sont la génération "Scarface", "Call Of Duty", "Seven".

Ce conflit est donc pour O. Roy, bien plus politique et social que religieux, de même que "le conflit entre chiites et sunnites reprend en fait la rivalité stratégique entre ottomans et perses au XVIe siècle, incarnés cette fois par l’Arabie saoudite et l’Iran islamique".

De la même manière que les mouvements maoïstes, guévaristes, communistes se sont essoufflés, tuant dans l’œuf tout espoir d’une réalisation idéologique, O. Roy a souhaité conclure sur l’idée que ce phénomène de radicalisation était un phénomène de génération, temporaire, qui masquait l’émergence d’un islam "tranquille" de classes moyennes, bien inséré dans le paysage français à condition qu’on accepte que la loi de 1905 autorise la pratique religieuse et ne renvoie pas la religion au seul espace privé.

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