"L’enjeu de la COP21, c’est celui du choix", François Gemenne répond aux questions de l’Alliance française de Dubaï

Emirats arabes unis | Dubaï | Climat

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François Gemenne, spécialiste des migrations et des politiques environnementales, chercheur à l’Institut du Développement Durable et des Relations Internationales (IDDRI) de Sciences Po était aux Émirats Arabes Unis fin octobre, à l’invitation de l’Alliance française et du French Business Council.

Spécialiste des flux migratoires et des politiques environnementales, François Gemenne a participé à de nombreux projets de recherches internationaux, dont le Devast Project, l’un des premiers à se pencher sur les conséquences sociales et politiques de la catastrophe de Fukushima.

A l’occasion d’une conférence le 27 octobre à l’Alliance française de Dubaï, organisée dans le cadre des conférences mensuelles autour de la COP21, il nous explique pourquoi le climat est réellement un problème politique. En effet, selon les prévisions des scientifiques et si les négociations internationales n’aboutissent pas, les températures devraient augmenter de 4 degrés dans les prochaines décennies. Il s’agit alors de se demander quelles sont les politiques envisageables pour minimiser les dégradations de l’environnement et gérer les migrations à venir.

AF Dubaï :
En 2008 l’ONU prévoyait le déplacement de 250 millions de migrants lié aux changements climatiques d’ici 2050. Ce phénomène devrait être un enjeu majeur dans les débats pourtant il est assez mal connu. Qui sont ces "réfugiés climatiques" ? De quelles parties du globe sont-ils principalement issus ?

François Gemenne :
Il faut d’abord dire que ce chiffre de 250 millions de réfugiés n’a aucun sens, et d’ailleurs l’ONU n’a jamais repris ce chiffre. Mais il ne faut pas nier l’ampleur de ces déplacements, et le chiffre de 250 millions est sans doute une sous-estimation. Pourtant, comme vous le dites, c’est un phénomène qui reste assez mal connu, notamment parce qu’il reste encore perçu comme un problème hypothétique et lointain. C’est une erreur tragique. Aujourd’hui déjà, les réfugiés climatiques sont déplacés par des inondations, des sécheresses ou des ouragans. Dans le futur, d’autres impacts du changement climatique, comme la hausse du niveau des mers, s’ajouteront. L’Afrique subsaharienne, l’Asie du Sud-Est et les îles du Pacifique et de l’Océan indien sont les zones les plus touchées.

AF Dubaï :
Avec l’afflux des réfugiés syriens en Europe on assiste à un effort des gouvernements pour classifier les migrants : réfugiés politiques, migrants économiques… Pensez vous également indispensable pour les réfugiés climatiques d’obtenir un statut particulier ?

François Gemenne :
Non, cette question du statut est assez artificielle. Un statut, en soi, ne garantit pas la protection. Ce qui compte, c’est d’améliorer la protection des déplacés, notamment au travers de la mise en œuvre de l’agenda de protection de l’Initiative Nansen. La question du statut ne doit pas nous détourner des vrais enjeux.

AF Dubaï :
Si le réchauffement climatique est un sujet qui concerne la majorité des états du globe, les réfugiés eux ne semblent être une préoccupation que pour le pays dans lequel ils arrivent. Pensez-vous que les négociations internationales seront suffisantes pour résoudre ce problème et mettre en place une politique commune ?

François Gemenne :
Les négociations sur le climat, pour l’heure, n’ont pas vocation à traiter la question des réfugiés. J’imagine que le sujet sera mentionné dans les négociations de la COP21, mais je ne m’attends pas à ce qu’il figure dans le texte final de l’accord. Beaucoup de solutions, en réalité, seront des solutions régionales ou bilatérales. Je ne crois pas à une recette-miracle qui serait issue des négociations internationales. Celles-ci doivent plutôt fixer un cadre de financement pour ces solutions locales et régionales.

AF Dubaï :
Qu’attendez-vous de la COP 21 qui se tiendra à Paris dans quelques mois ? Quels seraient les dangers en cas d’échec ?

François Gemenne :
L’enjeu de la COP21, c’est celui du choix. Jusqu’ici, les gouvernements n’ont pas voulu s’engager dans une lutte radicale contre le changement climatique, et en sont restés au stade de l’ajustement. Souvent par peur de froisser certains intérêts. Or il ne faut pas s’y tromper : la lutte contre le changement climatique impliquera des coûts et des sacrifices, tout le monde n’en sortira pas gagnant. Et si on ne s’y engage pas maintenant, alors nous sommes partis pour un réchauffement de l’ordre de 4°C en 2100, qui impliquerait des conséquences catastrophiques. La COP21 sera donc avant tout un test de courage politique !


Parallèlement à cette conférence, l’Alliance française propose l’exposition "Climat, l’expo à 360°", un parcours scientifique et pédagogique organisé par Universciences et à découvrir en avant première à Dubaï avant son exposition à Paris.


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