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L’économie, une arme pour lutter contre le réchauffement climatique

Christian De Perthuis, professeur à l’université Paris Dauphine, fondateur de la chaire Economie du climat, coauteur avec Raphael Trotignon de "Climat à quel prix ? La négociation climatique" était à Dubaï et Abu Dhabi pour une conférence dans le réseau des Alliances françaises fin septembre, à l’occasion des événements mensuels organisés autour de la COP21 en partenariat avec le French Business Council. Il nous explique comment l’économie peut et doit devenir une arme pour lutter contre le réchauffement climatique.
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    Christian De Perthuis interrogé par CNN à Abu Dhabi. Photo : Anne Cabanel

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    Ouverture de la conférence. Photo : Amélie Poumaer

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    Christian de Perthuis présente l’expo "Climat 360" de UniversSciences à laquel il a participé. Photo : Amelie Poumaer

  • AF Dubaï : après votre formation en économie et en philosophie à l’université, comment est apparu votre intérêt pour le climat ?
  • Christian De Perthuis : parcours un peu imprévisible ! J’ai passé les dix premières années de ma carrière dans le secteur agricole. Suit une décennie dans des équipes de direction d’organismes de prospective économique et toujours pas de climat ! Au début des années 2000, la Caisse des dépôts me demande de l’aider à réfléchir à son positionnement face au développement durable. Je découvre alors la problématique du changement climatique, les mécanismes de marché de permis d’émission, la question des externalités environnementales. L’économie du climat devient vite le cœur de mes recherches et de mon enseignement à Dauphine.
  • AF Dubaï : qu’est-ce que la Chaire économie du Climat créée à votre initiative en 2010 ?
  • Christian De Perthuis : c’est une plate-forme de recherche qui a été montée au démarrage grâce au soutien de la Caisse des Dépôts et qui compte maintenant un second sponsor principal - le groupe Total – et une dizaine de sponsors spécialisés. Le fil conducteur de nos recherches est l’intégration du climat dans l’économie réelle, notamment grâce à la tarification environnementale. Nous nous positionnons à l’interface du monde académique et de celui de la décision économique et politique.
  • AF Dubaï : votre dernier ouvrage a pour titre "Le climat à quel prix ?". Le coût élevé de la transition énergétique est un obstacle notamment pour les pays en voie de développement ; les négociations internationales permettront-elles le dépassement de ces clivages ?
  • Christian De Perthuis : la transition vers une économie bas-carbone a un coût. Ce coût peut être fortement réduit si on met en place un prix international du carbone qui va réorienter les investissements existants. Pour les pays en développement, cela peut constituer de nouvelles opportunités de développement : voyez le potentiel de l’énergie solaire pour apporter l’électricité aux populations rurales qui en sont dramatiquement démunies. Mais ces opportunités ne deviendront réalité que si le futur accord climatique débloque des financements du Nord vers le Sud. C’est une condition de succès de la conférence de Paris. J’ajoute que tourner le dos à l’économie bas carbone aurait également un coût : celui des dommages climatiques potentiellement bien plus élevé que le coût de la transition !
  • AF Dubaï : dans votre ouvrage vous évoquez le « surplace » de la négociation depuis la conférence de Copenhague. Qu’attendez-vous de la part de nos dirigeants lors de la COP 21 cette année ?
  • Christian De Perthuis : si le processus actuel de négociation se poursuit sans inflexion, on aura à l’arrivée un empilement d’engagements volontaires émanant des gouvernements, mais aussi des acteurs territoriaux et de la société civile, qui n’a guère de chance d’infléchir la trajectoire mondiale d’émission de gaz à effet de serre. J’attends de nos dirigeants qu’ils réintroduisent dans la dernière ligne droite la question des incitations économiques et des financements Nord-Sud. La COP-21 sera un succès si elle contribue à la mise en place d’un prix du carbone à l’échelle mondiale avec les nécessaires redistributions vers les pays les moins avancés.
  • AF Dubaï : en cas d’échec de la COP21, quels seraient les dangers ?
  • Christian De Perthuis : l’enjeu de la COP21 est d’accélérer la coopération entre gouvernements face au risque climatique sous l’égide des Nations-Unies. Un échec conduirait à traiter la question du climat dans d’autres enceintes, par exemple le G20, ce qui écarterait du débat les pays les moins avancés. Cela poserait la question de l’avenir du GIEC ("Groupe d’Experts intergouvernemental sur l’évolution du climat", ndlr) dans sa fonction essentielle d’information des décideurs par la communauté scientifique. Cela renforcerait enfin le mirage des approches purement techniques, comme celles de la géo-ingénierie consistant à vouloir modifier artificiellement le système climatique, par exemple en envoyant des aérosols ou des miroirs dans l’atmosphère pour freiner le rayonnement solaire.

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