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La "Culture mainstream" de Frédéric Martel

Mexique | Monde | Mexico | Industries culturelles 26 février 2013
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Journaliste, producteur/animateur sur France Culture de l’émission "Soft Power", sociologue et infatigable arpenteur du monde et de la modernité, Frédéric Martel a répondu présent à l’interview que l’IFAL lui a proposée à la Casa de Francia, à l’occasion de sa visite au Mexique. Un séjour intense "entre le passé pour un livre déjà fini et le futur pour des recherches à venir", au cours duquel il est venu poursuivre ses recherches, assurer la promotion de son livre (Cultura Mainstream, sorti en mai 2012 au Mexique) et "répondre à plusieurs demandes, de participer à des salons, des conférences". Il a accepté de revenir avec l’IFAL sur le sujet de ses recherches.

Faire le point sur la "culture mondialisée"

Le titre de "Culture mainstream" qu’il a choisi pour son livre présente selon Frédéric Martel "des avantages et des inconvénients", "On aurait pu parler de culture de masse, sur les industries créatives, sur l’entertainement, le divertissement. Mais justement, ces mots, ou sont difficiles à traduire ou recouvrent des notions différentes." Il préfère considérer avec prudence son objet d’étude comme le "courant dominant" ou "culture au sens large du terme : qui va être aimée par beaucoup de gens. Il s’agit donc des blockbusters, des hits en musiques, des best-sellers en littérature, mais aussi des jeux vidéos, des mangas, des telenovelas... le livre s’est installé autour de ce concept".

Son projet consiste également à rompre avec une tendance assez ancienne des études sur les industries culturelles "qui était façonnée par l’école de Francfort, Walter Benjamin." L’époque a en effet selon lui complètement changée, et pour rompre avec cette vision éculée de l’industrie culturelle, il juge nécessaire d’utiliser une nouvelle expression, plutôt que de reprendre les termes de "culture de masse, de culture populaire qui sont très connotés dans ces débats là." Traduit dans une vingtaine de pays, le succès de son livre s’explique selon le sociologue car "il répond à plusieurs demandes qui étaient un peu abandonnées par les chercheurs. Il fait le point sur la manière dont fonctionnent aujourd’hui les industries créatives de manière mondialisée. Il montre que ces industries créatives ont énormément changé par rapport à ce qu’on estime être le modèle hollywoodien, même américain des années 60."

La culture Mainstream à travers le monde

D’abord il y a cette culture qui part des États-Unis mais "même pas américaine, car elle est créée à Los Angeles, San Francisco, New-York et à très peu d’endroits même aux États-unis, qui sont eux même dans beaucoup de leurs états "victimes" de cette culture". "Les premiers opposants sont par exemple les évangélistes, ou la gauche radicale américaine". Il considère ensuite des "ensembles régionaux" : "Bollywoood est clairement mainstream, la musique pop coréenne est clairement mainstream, les telenovelas aussi, donc ce n’est pas pour autant que ces telenovelas, même si celles mexicaines qui ont du succès sont diffusées dans le monde entier, sont regardées par les spectateurs du monde entier. Ça reste des marchés spécifiques avec une diffusion d’ailleurs que j’ai essayé d’analyser. Voir comment fonctionnent les brésiliens par rapport aux mexicains, aux argentins... tout ça à partir d’enquête de première main dans l’ensemble."

Frédéric Martel mentionne volontiers les cas d’États "autoritaires dans leur rapport à la culture", mais il pointe également "le discours récurrent, comme aux États-unis, du laisser faire" qui prétend que "ces industries n’ont pas besoin de l’État et qu’elles se débrouillent toute seules", un discours qui ne correspond pas exactement à la réalité, selon lui "il y a beaucoup d’argent public, pour l’art mais même pour l’entertainement aux États-unis, et rien n’est plus défendu et promu que le cinéma hollywoodien mainstream, qui bénéficie d’aides innombrables, que ce soit au niveau de l’état par les "Films officies", au niveau fédéral par la Motion Picture Association of America (MPAA) , le congrès, le département d’État ou les ambassades des États-Unis à l’étranger, qui sont là pour promouvoir leur industries, comme nous, comme d’autres pays, mais pas moins."

"La mondialisation et la numérisation ne se traduisent pas par une uniformisation"

S’il envisage la poursuite de ses recherches avec enthousiasme, Frédéric Martel se défend cependant des critiques qui ont pu lui être adressées : "Mon livre ne prend pas la défense de cette culture là mais l’analyse, il analyse son fonctionnement et surtout montre que contrairement à ce que l’on peut penser : la mondialisation et la numérisation ne se traduisent pas par une uniformisation. Mais au contraire, même si il y a cette culture mainstream et que tout le monde, partout dans le monde, plus ou moins connait Batman, Avatar, Lady Gaga ou autre, ça reste une petite partie de cette culture que consomment les gens. Et la grande partie reste une culture plus locale, plus nationale, parfois régionale. Et donc le livre et la recherche, avec les moyens du journaliste, c’est à dire impressionniste, pas exhaustif, essaient de voir ces mouvements et au fond, de montrer une complexité qu’on avait peu montrée, je crois."


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