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Le photographe Roland Michaud partage avec nous son goût du voyage

À l’occasion de l’exposition "L’Orient dans un miroir", à la célèbre galerie photographique Empty Quarter de DIFC à Dubaï et la présentation de son livre au Writers Centre, l’Alliance française de Dubaï a rencontré le photographe Roland Michaud pour quelques questions sur ses 60 années passées avec Sabrina à rencontrer l’autre sur les routes d’Orient. Il nous fait partager sa bonne humeur et son goût du voyage, comme sa recherche de l’autre dans toutes ses différences.

Alliance française de Dubaï : Pourriez-vous nous dire ce qui vous a conduit à écrire et publier ce livre “L’Orient dans un miroir” ? Quel message souhaitiez-vous faire passer ?

Roland Michaud : Nous voulions présenter quelques aspects de la vie musulmane et faire réfléchir sur les bases spirituelles qui la soutiennent. Le but plus global est de montrer la continuité du monde, un dialogue entre le passé et le présent à travers la culture.

Le thème du miroir me passionne depuis longtemps, par exemple j’ai découvert en 1955 le palais des Quarante Colonnes à Ispahan. En réalité ce palais n’en possède que 20 mais leur reflet dans l’eau double leur nombre. Nous avions envie de voir de nos propres yeux si cet Orient des miniatures existe encore. Nous avons pris le chemin de l’Orient.

Pourquoi avez-vous choisi la culture arabe et l’art islamique ? Qu’est-ce-qui vous a fasciné à ce sujet ?

Les images islamiques mises en relations les unes avec les autres se complètent, on ne peut pas en trouver l’équivalent dans la réalité donc on se tourne vers des miniatures. Tout l’art est de savoir comment utiliser le temps.

Combien de temps a-t-il fallu pour rassembler les photos de cet ouvrage ?

C’est le travail de toute une vie, 60 ans de photos sont rassemblés dans cet ouvrage !

Nous avons vu les photos suivantes : le "Fauconnier, village de Taouz Bulak - Turkestan afghan de 1973" et "Maison de thé - Atcha - Turkestan afghan 1967". Pouvez-vous nous dire quelles sont les "histoires" derrière ces photos ?

La maison de thé était le lieu de rassemblement de tout le monde ; on y apprenait toutes les histoires, et nous avons progressé rapidement dans notre connaissance du persan et de la culture afghane. Maison très confortable, et malgré la pauvreté, avec de très beaux tapis ; on vous sert le thé sur une table à quatre pieds, et il était intéressant de comprendre que le thé vert est pour rafraîchir l’été ; cela vient de Chine. Ce sont des traditions et des coutumes qu’ils veillent à faire perdurer. Tout cela nous l’avons appris par la connaissance directe, en commandant le mauvais thé on nous a indiqué que si l’on était enrhumés, ce n’était pas le bon.

En passant des heures là bas, dans ces maisons de thé, nous avons beaucoup appris sur les nouvelles du lieu. Nous avons eu des problèmes de pneu, de crevaison, donc on s’arrêtait et on lisait à haute voix des livres qui concernaient leur culture, mais nous lisions en français, et les Afghans aimaient venir nous écouter tels des conteurs d’histoires. Avec notre mauvais persan nous avons pu échanger avec eux.

Ces maisons de thé sont faites pour la contemplation : se détendre, y bavarder, souvent situés devant des paysages magnifiques. Ce qu’un photographe doit apprendre, c’est de faire des choses intéressantes. Nous sommes allés dans ces maisons de thé en Afghanistan pendant 14 ans.

A propos de l’autre photo, nous avons pu observer la chasse au faucon, et d’ailleurs quand on demandait s’il y avait un fauconnier, on nous répondait que non, que ça n’existait plus depuis longtemps la chasse au faucon. Nous avons seulement pu connaître le fauconnier que nous avons photographié, il nous a invités chez lui. Il vivait de sa chasse, capturait des lièvres, et tel le chasseur du village, il échangeait ses proies avec les habitants.

Pendant le thé chez lui, il a offert la première tasse à son faucon, c’était un moment très fort ! On sent qu’ils ont une relation très spéciale, car le fauconnier ressemble même au faucon avec son nez crochu, et les deux ne pourraient vivre l’un sans l’autre.

Derrière chaque photo il y a un travail d’histoire, le travail d’une vie. Nous avons été frappés parce que tout le monde nous disait que cela n’existait plus, mais en Afghanistan avant la guerre, les populations s’étaient conservées, et beaucoup étaient très traditionnelles.

Nous avons voulu prouver que toutes ces choses existent encore, et cela nous a tellement interpellés que nous avons fait un triptyque de livres sur l’Islam ; les Hindis et la Chine. Nous avons voulu faire miroir pour comparer le passé au présent, en montrant que l’on retrouve beaucoup de choses du passé, ne serait-ce que le symbolisme des couleurs, la forme des visages, tandis que ces pays se modernisent. En Afghanistan nous avons retrouvé authenticité et noblesse, ils ont gardé leur fierté, leur caractère, et n’ont jamais été occupés par un autre pays. L’Afghanistan était le pays rêvé pour retrouver ces coutumes ancestrales.

Auriez-vous un conseil important pour les futurs jeunes photographes ?

Il faut tenir bon ; avoir de la patience ; car le temps joue en faveur du travail, et il faut savoir ce que l’on veut faire, il faut étudier la culture et se spécialiser. Surtout, il faut dépasser le stade du touriste avec patience et persévérance. Et ne pas se laisser décourager par le monde superficiel d’aujourd’hui, parce qu’il existe encore des trésors cachés.

Nous avons découvert qu’il fallait prendre son temps, et maintenant tout va trop vite. Aujourd’hui pour être cohérents, nous sommes obligés de ne pas utiliser ces outils que nous offre le monde moderne tel qu’Internet, les portables, etc. Nous avons un peu de sagesse grâce à cela, c’est ce que nous pensons. Nous avons voulu garder une cohérence avec ce que nous avons vu là-bas.

Nous avons un parcours privilégié, notre parcours est très spécial parce que nous avons pris notre temps, même si ce n’est pas à la mode aujourd’hui, que tout le monde est dispersé et rapide. Nous sommes très critiques par rapport à cela ; à ce monde moderne.

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