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Michel Bussi, plume revolver et fibre francophone

Invité d’honneur au Festival de Littérature Emirates Airlines, partenaire de l’Alliance française de Dubaï, Michel Bussi a envouté le public venu en masse l’écouter parler de ses romans, dans le cadre du mois de la Francophonie.

L’occasion pour l’Alliance française de Dubaï d’engager la conversation avec lui sur sa trajectoire littéraire. Avec les "Nymphéas noirs", un huis-clos à Giverny, il décroche la palme du roman policier le plus primé de l’année 2011. En 2012, il publie "Un avion sans elle" qui le propulse au rang de coqueluche du polar français. Résultats ? Des centaines de milliers d’exemplaires vendus et plus de vingt-cinq pays qui s’arrachent les droits de traduction.

Il récidive un an plus tard avec "Ne lâche pas ma main" puis en 2014 avec "N’oublier jamais". En 2015, il occupe la troisième place dans le palmarès des écrivains les plus lus (Figaro Littéraire et cabinet GFK), avec 1 026 800 livres vendus ! Explication…

Alliance française de Dubaï : Vous êtes une sorte d’ovni dans le paysage du roman policier. Vous parlez plutôt de Domestic Thriller. Est-ce qu’on peut parler d’une "signature Bussi" ?

Michel Bussi : J’espère ! Je ne suis cependant pas le mieux placé pour l’affirmer. Il faut dire que je suis un auteur récent dans le succès, mais il est vrai que mes lecteurs ont envie de retrouver ce style assez particulier qui m’appartient. A la fois une promesse de suspens, de twist final, tout en ayant un aspect assez psychologique et féminin et une grande liberté de ton avec un zest de modernisme.

Vous êtes adepte du retournement de situation. Vous appréciez le fait de mener vos lecteurs par le bout du nez ?

Mes lecteurs ont en effet cette impression d’avoir été mis dans le tambour d’une machine à laver lorsqu’ils terminent la lecture de mes romans. Trois cents pages posées, et en une seule phrase, tout est dynamité. Mais ce n’était pas forcément une volonté de départ. Je me suis un peu enfermé seul dans cette spirale en ayant comme marque de fabrique un twist final, voire plusieurs et finalement je suis un peu condamné à offrir aux lecteurs ce qu’ils attendent de moi.

Les couvertures de vos livres sont loin des codes des romans policiers. Pas d’armes, ni de sang…. C’est un choix pour vous différencier ?

Je n’ai pas forcement besoin de mettre du sang ou des choses trop explicites car j’ai cette part de poésie qui distingue mes romans des polars noirs. Mes couvertures sont assez colorées, presque féminines et montrent d’emblée mon univers et ma façon de raconter des histoires.

Vos héros sont, tous comme les lieux choisis, plutôt ordinaires. Est-ce une volonté délibérée de permettre aux lecteurs de mieux s’identifier dans vos histoires ?

Contrairement à certains auteurs qui choisissent de faire rêver leurs lecteurs avec des héros dont les professions passionnent (chef gastronomique, journalistes, médecins, etc…), dans des lieux mythiques (Rome, Miami, Sydney…), je préfère mettre en avant des gens ordinaires à qui il arrive des choses extraordinaires, les placer dans des situations impossibles et obtenir une fin imprévisible. Bien entendu, et j’en suis persuadé, je n’aurais pas pu écrire ce que j’écris il y a vingt ans lorsque j’étais plus jeune. Ça aurait été soit trop naïf, soit pas du tout fin. J’ai aujourd’hui un regard plus neutre, moins idéaliste, avec un second degrés sur les choses.

Vous avez déclaré que "sans imagination, un chercheur n’est rien", vous êtes toujours professeur chercheur à l’université de Rouen. Est-ce que cela vous aide dans votre processus de création ?

Je pense que ce qui m’aide dans mes romans, c’est ma rigueur scientifique. Je commence avec ce coté insensé, créatif puis débute un long travail pour rendre les choses huilées, crédibles et avancer dans la résolution de l’énigme. Mon métier d’enseignant-chercheur m’offre cette capacité de mobiliser la documentation, de savoir saisir l’originalité d’un endroit.

Vous avez placé la quasi totalité de vos histoires en Normandie. Votre nouvelle intrigue se passe au Havre. Vous n’arrivez pas à vous détacher de votre région ?

Il est vrai que je me sens rassuré et attaché aux endroits qui me sont familiers. La Normandie est ma terre natale, j’y habite et enseigne. Il y a une forme d’intimité avec ces lieux que je connais bien mais je ne m’interdis pas d’écrire sur d’autres lieux si j’ai le même rapport d’inspiration. Je reste un géographe qui a besoin de voyager, de découvrir le monde et de le partager avec mes lecteurs. Je sors petit à petit de ma zone de confort pour aller à la découverte d’horizons inconnus. A noter que lorsque j’écris mes romans, l’histoire se passe un peu hors-sol et ce n’est que vers la fin que je me demande ou je vais situer l’intrigue !

Vous semblez accorder beaucoup d’importance aux personnages féminins, qui ne sont pas forcément les protagonistes principaux des romans policiers. D’où vous vient cette facilité de représenter les femmes de façon si vraie ?

C’est assez mystérieux et je l’ai fait dès mon premier roman puisque "Gravé dans le sable" est un roman fait presque que d’héroïnes ! Il est vrai que j’ai cette sensibilité qui me permet de décrire les femmes de façon juste sans tomber ni dans la mièvrerie ni dans la caricature et que j’ai tendance à écrire sur des univers féminins où les hommes sont un peu ballottés, cherchent leur place, comme dans la vraie vie d’ailleurs parce que, j’imagine, j’ai grandi sans figure paternelle !

Beaucoup de mes héroïnes ont été inspirées par Le personnage d’Éliane, dite "Elle" dans "L’été meurtrier" de Sébastien Japrisot et incarnée à l’écran par Isabelle Adjani. J’ai cette facilité et ce désir inconscient de leur rendre hommage, de parler de leur force, de leurs tourments et leur capacité de vengeance. C’est une dimension assez poétique qui distingue mes romans des autres romans policiers.

Le thème de la "filiation" semble aussi revenir souvent dans vos histoires. C’est un sujet qui vous inspire ?

Oui, j’ai cette relation à cette symbolique qui va presque à l’inverse du polar. Il y a l’idée d’une forme de poésie, reliée principalement à l’enfance, à la maternité, à la nostalgie du temps qui passe. C’est vrai que j’essaie toujours de glisser dans mes romans cette part de nostalgie liée aux enfants. Même "Nymphéas Noirs" est écrit comme un conte pour enfants et je ne m’en suis pas rendu compte au départ !

Vous avez trois enfants. Est-ce que pour votre nouveau roman “Maman a tort”, vous vous êtes inspirés d’eux ?

Complètement ! Ce livre est né de l’affection que je porte à ma fille et du regard que j’ai posé sur elle. L’idée de départ de ce roman m’est venue lorsqu’elle avait 3 ans et demi à l’époque (comme Malone le héros du roman). L’amnésie est un thème classique des romans policiers voire des romans tout court, que j’avais envie de traiter avec une idée originale et c’est là que j’ai vu ma fille et que je me suis dit que finalement rien n’est plus éphémère que la mémoire d’un enfant, contrairement aux parents qui vont conserver pour toujours les souvenirs du premier pas de leur progéniture, de la première dent, etc… Je compare la mémoire d’un enfant à une sorte de boite noire, on est à la fois déterminé par ce que l’on vit avant 5 ou 6 ans. Mais nos souvenirs sont ceux que nos parents nous ont racontés.

Est-ce que vous avez l’ambition qu’un de vos ouvrages soit adapté au cinéma ?

C’est effectivement un rêve… que je relativise. La première fois qu’on m’a dit que mes romans intéressaient des producteurs, j’ai sauté au plafond mais plus le temps passe plus je prends du recul avec ça. Quand vous êtes écrivain vous êtes le chef d’orchestre, vous décidez de tout, de la couleur des yeux de vos héros, de ce qu’ils portent, ce qu’ils mangent… Alors qu’au cinéma tout est différent car c’est une écriture collective plus contraignante. Et j’ai aussi ce désagréable sentiment que l’adaptation cinématographique ne sera jamais à la hauteur des romans…

Le titre de votre dernier roman est inspiré d’une chanson de Mylène Farmer tout comme la plupart des titres de vos romans…

En effet, pour "Un avion sans elle", je me suis inspiré de la célèbre chanson de CharlElie Couture, “N’oublier jamais” vient de Joe Cocker ou “Mourir sur seine” de Dalida… Ce ne sont pas forcément des chansons que l’on écoute tous les jours. C’est juste l’idée que mon roman s’adresse à tout le monde, une volonté qu’il entre dans la culture populaire comme une chanson populaire reste dans l’imaginaire collectif. J’aime le côté ritournelle.

Nous sommes dans le mois de la Francophonie, quel regard portez-vous sur cette notion ?

J’ai beaucoup été amené à voyager de par ma profession de chercheur mais aussi pour la promotion de mes romans et j’ai été particulièrement marqué par ce côté prestigieux qui est accordé aux auteurs francophones. J’ai participé au Festival francophone du livre au Liban, j’ai été aussi amené à travailler au Mali, au Québec, j’ai été à Francfort et il y a réellement une grande reconnaissance envers les auteurs francophones, je dirais même une aura de l’auteur français et plus largement de la culture française. Les Alliances et Instituts jouent d’ailleurs un rôle important, crucial, pour faire vivre et développer la Francophonie.

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