Pour Slimane Zeghidour, le nouvel ordre mondial n’est pas si éloigné de l’ancien.

Emirats arabes unis | Dubaï | Entretien

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Journaliste, essayiste, rédacteur en chef à TV5 Monde et spécialiste des questions du Proche et Moyen-Orient, Slimane Zeghidour est en tournée aux Émirats et au Pakistan, avant l’Arabie Saoudite, pour une série de conférences en langue française sur le Nouvel Ordre Mondial et retrouver une région qui le passionne.
Il évoquera aussi son enfance dans un camp de déplacés en Petite-Kabylie, avec la présentation-dédicace de son dernier livre paru début 2017 aux Éditions Arènes "Sors, la route t’attend".

Avant cette série de conférences, l’Alliance française de Dubaï lui a posé quelques questions.

Vous venez présenter votre livre "Sors, la route t’attend" qui relate votre enfance en Algérie. Êtes-vous mélancolique de l’Algérie de votre enfance ? Que pensez-vous de la situation actuelle de ce pays si proche de la France et en même temps si éloigné pour reprendre des mots de Yasmina Khadra ?

Slimane Zeghidour : J’éprouve plus de tendresse que de nostalgie pour mon hameau aujourd’hui désert, inhabité. Je porte en moi, ainsi que ceux de ma génération qui y ont vu le jour, un univers dont il ne subsiste plus rien, ou presque : habitat, patois, charades, légendes et mythes, adages, cuisine, habites, tout cet "habillage" du quotidien algérien rural, surtout de la Petite Kabylie, a sombré, disparu. Et quand je revisite mon bled, le djebel, et que je vois ici ou là, se dégager des ronces et des baies sauvages, un pan de mur, un arbre fruitier, je me dis qu’il faut vraiment y avoir vécu pour deviner qu’il fut un temps, où cette contrée a été habitée. Quant aux rapports France-Algérie, je citerais volontiers un mot de Kamel Daoud qui en dit plus vrai qu’une thèse d’Histoire : "ils divorcèrent et ils eurent beaucoup d’enfants".

Que pensez-vous des courants populistes aux États-Unis, en Europe ? Pensez-vous comme François Gémenne que nous avons reçu à l’Alliance de Dubaï qu’il est déjà impossible de s’opposer à l’entrée des réfugiés qui fuient les bombes et la misère ?

SZ : Les courants populistes ont le vent en poupe partout, à travers des partis d’extrême-droite en Europe et en Amérique, via des partis ultras nationalistes dans des pays comme la Russie, l’Inde ou Israël sinon au moyen de partis islamistes comme un peu partout dans les pays d’islam. Ce qui nous oblige à accueillir les réfugiés fuyant les bombes, les vraies ; ce n’est pas seulement la morale humaine qui nous y oblige mais aussi des traités internationaux allant en ce sens et auxquels nous avons souscrits.

Vous venez dans le Golfe, une région que vous connaissez ; quels sont les défis qui attendent cette région du monde dans la prochaine décennie ?

SZ : Les défis des pays du Golfe sont à la mesure de leur aisance matérielle : obésité, diabète, pollution, droits des travailleurs étrangers mais aussi l’éducation, primaire surtout, dont le niveau laisse vraiment à désirer.

Quelle est la place des Émirats dans les relations internationales face à ces bouleversements ?

SZ : Les Émirats ont les instruments, notamment financiers, pour se doter d’un "soft power", le seul qui résiste au temps.

La démocratie est-elle à un nouveau moment de son histoire ? Peut-on l’adapter au Moyen-Orient comme semblait le croire Georges W. Bush en Irak ?

SZ : L’idée, popularisée par les médias, selon laquelle la démocratie ce sont les élections revient à penser que la modernité c’est le smart phone et le voyage en avion. Bien sûr que non, la démocratie c’est d’abord l’État de droit, soit la séparation nette des pouvoirs, le primat de la loi sur la force, le statut du citoyen… sans cela, l’élection, et nous l’avons vu au Soudan, en Afghanistan ou ailleurs n’est qu’une opération de com’.

Vous êtes un ardent défenseur de la Francophonie, notamment sur TV5, cette belle Chaine Francophone, quelles sont les valeurs qui vous motivent dans cette belle idée ?

SZ : Je crois vraiment qu’il y a une communauté francophone. Il ne s’agit pas, en effet, d’un simple ensemble statistique de locuteurs, mais d’une communauté forgée par l’Histoire des Français avec des Africains, des Arabes, des Berbères, des Asiatiques ou des Indiens, une Histoire souvent violente et injuste mais qui n’aura pas moins façonné et ces peuples et les Français, et pas seulement à travers la langue.

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Sorti en février 2017, ce livre raconte son enfance algérienne

Mercredi 12 avril, une très belle soirée a eu lieu au Sofitel Dubai Jumeirah Beach avec Slimane Zeghidour, rédacteur-en-chef et spécialiste de la politique internationale à TV5MONDE qui a tenu une présentation sur le nouvel ordre mondial et répondu aux questions du public, avant de dédicacer son dernier ouvrage sur son enfance algérienne. Il s’est rendu le jeudi 13 avril à Abu Dhabi puis s’est envolé vers le Pakistan, invité au Festival de Littérature d’Islamabad le dimanche 16 avril, avant des conférences avec les Alliances française de Lahore puis Karachi.