La collaboration franco-chilienne au cœur de la recherche dans le sud du Chili

Chili | Concepcion | Coyhaique | Valdivia

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Le continent Antarctique et la Patagonie Chilienne sont parmi les écosystèmes les plus vulnérables face au changement climatique. Du fait de leur importance écologique et économique, ces régions sont prioritaires pour la recherche internationale. En juillet 2017, un iceberg de 3800 km2 (environ 35 fois l’île de Paques) s’est détaché de la plateforme de glace Larsen C, plaçant le Chili en première ligne pour étudier les impacts présents et futurs du changement climatique sur les systèmes côtiers austraux.

C’est dans ce contexte que la communauté scientifique franco-chilienne a relevé un défi à l’échelle nationale

Le continent Antarctique et la Patagonie Chilienne sont parmi les écosystèmes les plus vulnérables face au changement climatique. Du fait de leur importance écologique et économique, ces régions sont prioritaires pour la recherche internationale. En juillet 2017, un iceberg de 3800 km2 (environ 35 fois l’île de Paques) s’est détaché de la plateforme de glace Larsen C, plaçant le Chili en première ligne pour étudier les impacts présents et futurs du changement climatique sur les systèmes côtiers austraux.

Illust: Le fiord Puyuhuapi, 1.2 Mo, 2560x1920
Le fiord Puyuhuapi est un système d’intérêt océanographique en vue de sa complexité et sa vulnérabilité à l’activité aquicole (campagne COPAS SA 2016).
COPAS

C’est dans ce contexte que la communauté scientifique franco-chilienne du Laboratoire International Associé Marine Biogeochemistry and Functional Ecology (LIA MORFUN, CNRS-Université Pierre et Marie Curie/Université de Concepción, CIEP et Université Australe du Chili) a relevé un défi à l’échelle nationale à travers un réseau de collaborations avec 4 centres d’excellence chiliens : INCAR, COPAS SurAustral, CIEP et IDEAL.
Cet élan sans précédent au Chili concentre ses activités sur des chantiers s’étalant depuis la région de l’île de Chiloé jusqu’à l’Antarctique.

L’Aquaculture et son impact sur l’environnement côtier au sud du Chili

Le centre INCAR (Interdisciplinary Center for Aquaculture Research), financé par CONICYT, est le premier programme de recherche dédié à l’aquaculture soutenable. INCAR, dirigé par le Dr Renato Quiñones de l’Université de Concepcion, a pour mission de résoudre les problèmes prioritaires et les lacunes de connaissance qui limitent le développement d’une activité aquicole en accord avec les caractéristiques physico-chimiques et sociales de l’environnement.

Ses 5 équipes de recherche combinent des disciplines d’intérêt incluant l’immunologie, la génomique, l’océanographie, l’épidémiologie, la génétique, la biologie moléculaire, la biogéochimie et les sciences sociales. Depuis sa création, INCAR a entreprit un effort expérimental complété par des suivis océanographiques de la zone centre (région de BioBio) et sud (région de Chiloé) avec la participation active du LIA MORFUN.

Ces approches combinées sont innovantes dans la recherche aquicole chilienne car elles s’appliquent de façon intégrée pour identifier et résoudre les problèmes issus de la culture de ressources marines. Les premiers résultats de INCAR ont amélioré notre compréhension de l’adaptation physiologique et la vulnérabilité des espèces cultivées face aux pathogènes (bactéries, virus, parasites), et ont permis d’expliquer comment l’activité aquicole peut avoir un impact sur les écosystèmes récepteurs en terme de leur fonctionnement écologique et de leur rendement économique. Aussi, à travers d’études océanographiques et de génomique aquicole, INCAR a pu approfondir les connaissances sur le cycle de vie du copépode parasite Caligus rogercresseyi et sur son adaptation aux traitements préventifs basés largement sur des pesticides d’origine agricole. La collaboration avec le LIA MORFUN a permis d’élucider les effets collatéraux des insecticides utilisés contre les proliférations parasitiques sur les communautés microbiennes responsables de la productivité biologique.

L’importance actuelle et future de la Patagonie

Le centre CIEP (Centre de Recherche sur les Ecosystèmes Patagoniens) dirigé par le Dr Giovanni Daneri applique une approche originale qui combine la recherche fondamentale et appliqué et l’innovation technologique aux aspects fonctionnels, écologiques, humains et sociaux de la Patagonie. Depuis les 10 dernières années, CIEP se projette comme un centre d’excellence qui contribue activement au développement durable de la Patagonie à travers d’études à haute pertinence pour l’intérêt des communautés habitant cette région australe (archéologie et patrimoine, systèmes aquatiques et terrestres, pêche soutenable et tourisme scientifique). Parmi les contributions du CIEP, la réponse physiologique de diverses espèces face aux conditions d’extrême sécheresse et l’augmentation des températures ont été particulièrement utiles pour la planification du territoire.

Egalement basé Patagonie chilienne, le programme COPAS Sur-Austral de l’Université de Concepción (dirigé par le Dr Silvio Pantoja) est dévoué à la recherche océanographique depuis le fiord Reloncavi jusqu’à la zone de Tortel et le fiord Aysen.
La mission de COPAS Sur-Austral est de contribuer au développement économique, productif et technologique des régions du nord et du centre de la Patagonie Chilienne. L’approche employée combine la recherche océanographique, la formation d’expertises et la génération de produits et services ayant un impact sur des aspects stratégiques tels que l’aquaculture, la pêche et l’éducation.

Pour améliorer la capacité d’observation de la Patagonie, l’équipe de COPAS Sur-Austral a mis en place un réseau d’instruments automatisés placés à des points stratégiques de la côte Chilienne, et réalise des campagnes annuelles permettant le suivi des fiords Puyuhuapi et Reloncavi et des masses glacières de la zone de Tortel. Lors de ces campagnes, qui comptent avec la participation de LIA MORFUN, les recherches ont mis en évidence l’augmentation de la température superficielle de l’océan en Patagonie et l’influence des décharges d’eau douce issue de la fusion des glaciers sur la biogéochimie et la dynamique microbienne dans les fiords. En utilisant des méthodes acoustiques, COPAS Sur-Austral a contribué à comprendre les migrations saisonnières de la baleine bleue au large du Chili et le rôle de ces populations de mammifères dans la chaine trophique Australe. Aussi, pour mieux valoriser le transfert de connaissance vers le public, COPAS Sur-Austral a lancé en 2016 une innovatrice plateforme en ligne avec des tables de marée (http://sur-austral.udec.cl/productos/tablas-de-marea). En parallèle, la formation de jeunes scientifiques à travers de l’initiative Austral Summer Institute (ASI), se déroule avec succès depuis 2001. La plateforme de diffusion scientifique ChileMIO et aussi largement utilisé par le milieu scolaire et le grand public.

L’Antarctique et la région de Magellan

La base opérationnelle du programme IDEAL de l’Université Austral (Centro de investigacion dinamica de ecosistemas de altas latitudes dirigé par Dr Humberto Gonzalez) se situe à Punta Arenas, le point de départ des expéditions vers le canal Beagle et l’antarctique depuis la création du centre en 2016 par la CONICYT. Ces campagnes qui mobilisent chercheurs, étudiants et techniciens comptent avec le support et participation du LIA MORFUN.

L’objectif principal est de comprendre l’impact des facteurs environnementaux liés au changement climatique (augmentation de la température superficielle et acidification de l’océan, stress radiatif et diminution de la salinité) sur la productivité des écosystèmes marins en régions (sub)antarctiques et leur effet sur ses habitants et les activités économiques et sociétales qui en dépendent.

Parmi les résultats obtenus lors des deux premières expéditions il y a de nouvelles évidences corrélant la fonte des glaciers de South Bay en antarctique avec la diminution de salinité dans les couches sub-superficielles associés à des températures anormalement élevées à la surface de l’océan en 2016 (2.5ºC). Egalement, les premières études ont révélé la présence d’une énorme population du crustacé Munida gregaria dont l’impact biogéochimique est potentiellement significatif dans le glacier Yendegaia (canal Beagle). A long terme, IDEAL sera capable de fournir assez de données pour un exercice de modélisation couplée physique – biogéochimique et de synthèse de connaissance pour des scenarios à 50 et 100 ans du GIEC.

Illust: Les campagnes du, 2.8 Mo, 3696x2448
Les campagnes du centre IDEAL couvrent la zone la plus australe du Chili, le canal Beagle (ci-dessus la campagne de Juillet 2017) et la Péninsule Antarctique.
IDEL

Un pont scientifique entre la France et le Chili

Dans ce contexte d’intense activité scientifique, Le LIA MORFUN (www.liamorfun.cl), dirigé par le Dr. Camila Fernandez (CNRS-Observatoire Océanologique de Banyuls sur Mer et professeur visitant de l’Université de Concepcion) et le Dr. Ruben Escribano (Université de Concepcion) agit comme un catalyseur des initiatives de recherche en assurant les échanges et la formation d’étudiants et de personnel technique entre la France et le Chili. Au cours des 7 dernières années, MORFUN a non seulement accompagné les efforts des centres patagoniens de recherche mais a aussi complété les expertises nécessaires pour répondre à des questions d’actualité sur le fonctionnement et le devenir de ces régions australes. A travers les projets communs s’appuyant sur la synergie naturelle des centres de recherche, des publications, thèses (master et doctorat) co-dirigées et de conférences et workshop spécialisés, ce projet bilatéral participe à mettre en valeur l’importance des recherches menées au sud du Chili et de leur impact sur les populations humaines habitant des zones côtières.