Tahar Ben Jelloun "peintre" fête la francophonie à Dubaï

Emirats arabes unis | Dubaï

Tahar Ben Jelloun, écrivain et poète francophone, membre de l’Académie Goncourt, a fait découvrir au public de l’Alliance Française de Dubaï son dernier roman « Punition » et sa nouvelle vie d’artiste peintre. Une rencontre sans fard et toute en émotion !

« Qui suis-je ? Écrivain arabe ou écrivain français ? (…) Suis-je un écrivain sincère ou suis-je un faiseur de livres ? Suis-je un écrivain qui exprime une part de la réalité de sa société ou bien ne suis-je qu’un écrivaillon exotique et folklorique (…) ? ».
Cette introspection, c’est Tahar Ben Jelloun lui-même qui la mène, prenant le public à témoin comme il sait si bien le faire.

Racisme, fracture sociale, immigration, corruption, terrorisme, prostitution, enfance brisée, condition des femmes, oppression des minorités, quête d’identité … L’œuvre de Tahar Ben Jelloun traite sans détours de la réalité contemporaine de nos sociétés et est façonnée par une impérieuse nécessité de « faire savoir », de dénoncer, de résister et de réveiller. Riche de sa bi-nationalité franco-marocaine, il se sert de sa double identité et de son vécu personnel afin de livrer son regard éclairé sur l’époque, sur les conflits de la planète et le climat politique et sociétal de ses pays d’origine et d’adoption.

On connaissait le talent littéraire de Tahar Ben Jelloun, on ne le savait pas également artiste peintre. Mais ce talent supplémentaire est-il réellement une surprise venant de celui qui sait si bien manier la plume ? Cicéron disait qu’un poème est une peinture loquace et la peinture un poème muet.

La peinture de l’artiste Ben Jelloun semble « vivante » : de franches couleurs foisonnantes, des signes affranchis de toute contrainte, une liberté mais surtout une joie qui se ressentent dans les moindres détails. Ses tableaux colorés évoquent, selon ses propres mots : « le pays natal, le pays intérieur, celui de mon imaginaire fait de voyages, de rencontres et d’étonnements. C’est le rythme de ma respiration, de ma liberté entêtée et du désir d’aller habiter une prairie qui change de couleur et de lumière, pensant malgré tout que l’art sauvera le monde. »

Illust: Ouverture de l'expos, 327 ko, 750x513
Ouverture de l’exposition à la Galerie Nationale
Pia Torelli

L’artiste revendique être un autodidacte encore en apprentissage mais la peinture l’a depuis toujours habité et accompagné. Observateur et admirateur, il a écrit sur différents peintres et sculpteurs, marocains (Belkahia, Bellamine, Chaïbia, Gharbaoui, Kacimi…) ou non (Matisse, Giacometti, Claudio Bravo, Mimmo Rotella…)
S’inspirant de ces artistes, il propose des toiles lumineuses et positives, influencées par ses rencontres, ses voyages et son bonheur intérieur. "J’écris sur la douleur du monde et je peins la lumière de ce même monde. Ma calligraphie est imaginaire, elle est illisible, je m’inspire de divers alphabets ou caractères qui me séduisent graphiquement (comme les kanji japonais), mais je n’aime pas le recours à la calligraphie en tant que telle sur une toile, je trouve que c’est céder à la facilité. Si ma peinture a quelque chose d’arabe c’est inconscient… En revanche cela m’arrive d’écrire sous la toile ou même en son centre, pour rappeler que je suis d’abord dans la poésie, et que ma poésie se met au service de ma peinture, car après tout, oui, je suis un écrivain qui peint !"

L’Institut du monde arabe lui a donné carte blanche pour présenter sa création en devenir qui réunit ses travaux sur toile et papier, mis en regard d’œuvres d’artistes qu’il aime et confrontés à ses manuscrits. Il est exposé pour la première fois au Moyen-Orient à la Galerie Nationale de Guillaume Cuiry dans le quartier culturel d’Alserkal à Dubai.